J'avais sous-estimé mes activités nocturnes pour cette cuvée " Atlas Maroc 2018 ". Déjà une bonne nuit fièvreuse avant même le premier pas il y quatre jours. Cette nuit aura été intestinale. La Bissara, soupe de fêves avalée la veille, m'a tout simplement terrassé. Au matin, je connais chaque imperfection des carreaux des toilettes, je suis incollable sur la durée de remplissage de la chasse d'eau. Contrecoup de cet apprentissage accéléré, me voilà hors service. Pas simplement fatigué. Cloué à une chaise de jardin par des douleurs vives, le bide en vrac, le souffle court voire coupé.

Abdelwahed prends pitié, m'invite pour le petit déj, dans sa famille, dans le village en face. Alors que la chaise d'en face me paraît inaccessible... Il passe à une proposition plus médicale dont seule la lecture de la recette pourrait avoir l'effet dépuratif voulu : cocktail moitié lait, moitié Coca, vidange garantie. Je décline l'offre, ma tuyauterie déjà purgée de part et d'autre. Je ne peux que profiter du moment présent, de ce dialogue avec ces piquées assassines. Mais le temps fait son travail et le mal se dissout en fin de matinée.

Je fais connaissance avec Abdou, un chic type. L'entendre parler de bouffe m'ouvre étrangement l'appétit, moi qui vomissais de la bile il y a quelques heures. Quand je songeais à l'auto-rapatriement sanitaire sur Marrakech. Il n'en est plus question, ça va mieux. Mais pas au point de reprendre le chemin, affamé et déshydraté. Je fais part à Abdelwahed de ma décision de rester une nuit de plus et de mon invitation à la fête de la viande que j'ai auto-proclamée ouverte en cette belle journée.

Direction Taddert 2, à deux kilomètres, et le resto où il a longtemps travaillé. et visiblement bien travaillé, il nous faut vingt minutes de salamaleks pour atteindre le jardin, plus paisible à cette heure de pointe. Côtelettes d'agneau (kotlett) et boulettes de viande hâchée (kefta) à satiété. Pain maison, salades marocaines et olives. Bonne compagnie. Nous passons au deuxième stade de la complicité et les plaisanteries vont bon train. Nous luttons comme des frères contre la sieste et choisissons d'un commun accord le terrain de son oncle et l'ombre des fruitiers comme chill out post-keftamine. Et la journée se passe avec douceur.

Rekefta le soir. Veillée match de foot avec Abdou. Bavarder toujours. Disséquer les petites arnaques du tourisme, assez universelles même si les méthodes changent d'un pays à l'autre. Le plus bel exemple local est la coopérative d'huile d'argan des femmes du village. Car ici, pas d'arganier, l‘illustre arbre à noix endémique du Maroc. Et les coopératives féminines de la région ne sont que des points de vente puisqu' appartenant à une seule personne, cerise sur le pompon, un homme...

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