Une allure fondamentale

Entre 2 et 6 km/h, c'est là que se situe l'allure fondamentale. Ce blog en fait l'éloge...

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13juin 2017

Dénouement

J'ai rêvé de la mer. De la mer de nuages. Je ne crois pas à cette prémonition mais, dès le nez hors de la tente, je constate que la vallée est sous une bâche et que nous flottons au dessus. Je pisse comme un bienheureux en contemplant ce qui m'est offert. Le soleil perce, Bertrand ne sait encore pas qu' aujourd' hui ne sera pas comme hier. Notre honorable travail de scout de la veille se voit maintenant récompensé, une belle journée commence.

Reste l'effort de rejoindre le chemin sommital. Le vent a tourné au sud, nos pieds finissent de sécher. Grand bien nous fasse car nous ne sommes pas des batraciens. Sur ce bout de montagne, c'est l'arche de Noé : des moutons et des vaches au premier palier, des chevaux et des chèvres à peine plus haut. Les vautours naviguent entre les étages espérant quelques problèmes de santé dans ce monde d'herbivores.

Nous naviguons à vue, l'orientation est une formalité, un plaisir. On se remplit les yeux, c'est le début des Pyrénées. Les sommets ne sont pas hauts mais les vallées déjà bien encaissées. La descente sur St Etienne de Baïgorry, un kilomètre à la verticale en dessous de nous, promet des jambes en bois à l'arrivée et je nous vois mal enchaîner sur la prochaine montée en direction de Bidarray. Encore quelques sept kilomètres du célèbre GR10 pour retrouver la civilisation et cet épisode se refermera. La compagnie d'un ami m'aura soulagé de tout effort. Cinq ans après notre dernière promenade, rien n'a changé, nous avons retrouvé nos marques. Pas besoin de grandes discussions pour atteindre la complicité. Les choses sont simples quand elles sont vraies et inversement. Marcher nourrit et purge, abime et soigne, questionne et répond, rassure et déstabilise, élève et enfonce. Une thérapie préventive, qu'elle soit individuelle ou, comme cette semaine, collective

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12juin 2017

L'art du brouillard

La couverture nuageuse de la veille recouvre encore le ciel et c'est dans une brume humide que nous ficelons nos bagages. Nos premiers pas en terre basque nous mènent jusqu'à Roncesvalles (Roncevaux) entre France et Espagne. Le village est un carrefour à pélerins et il est de bon ton d'avoir une coquille accrochée à son sac. Adeptes du "fait maison", nous laissons à Jacques son chemin, préférant l'anonymat de notre parcours original. Nous faisons le plein de caféine, de protéines et d'eau. Le soleil fait quelques timides percées et nous nous demandons si ce brouillard finira par se dissiper. Quelques kilomètres de route avant de bifurquer à l'ouest en direction de la frontière, que nous longerons toute la journée par le sentier des contrebandiers. A l' heure de la pause méridienne, quelques rayons de soleil percent péniblement, fournissant encore l'espoir d'un ciel dégagé. La température élevée et l'hygrométrie automnale rendent l'air suffoquant. La faible visibilité ne décuple pas le plaisir non plus. Seul le GPS semble pouvoir jouir des plaisirs de la promenade, puisque nous nous trouvons sur le tracé prévu et que c'est la seule façon pour lui d'exprimer sa joie.

Des vestiges d'un autre temps trônent encore dans le paysage : des bornes frontières le long d'un barbelé, des abris militaires pour intercepter ceux qui pensaient trouver de l'autre côté un monde meilleur. Rétablir ce genre de frontières serait de la folie, et je pense à la connasse de St Cloud qui a réussi à faire croire à certains idiots que ce serait possible. Je lui pisse symboliquement à la figure, d'un jet d'urine européenne qui chevauche les deux frontières. La brume électrique est toujours aussi dense. Notre promenade ressemble à une interminable partie de Colin Maillard. Nous ne verrons pas la Vallée des Aldudes qui promettait pourtant de belles fractures des paupières. La clôture matérialisant la frontière est notre fil d'Ariane, le triangle du GPS pointant notre position l'ultime recours. Ce chemin de crêtes est un hammam, l'humidité picote les bras comme les fourmis après un engourdissement. Mais en fin d'après-midi, il n'y a plus de bois pour alimenter le four de notre bain maure et la sensation de froid accentuée par le vent qui maintenant se lève nous pénètre jusqu'à l'os. Deux chutes consécutives traduisent une certaine fatigue. Sensible chute également du baromètre du moral. Impossible de repérer un spot pour la nuit, il nous faut redescendre pour au moins s'abriter du vent glacial. Chose faite en choisissant l'option du léger détour. Un chemin serpente jusque dans la vallée, côté espagnol. Au deuxième lacet, on pose notre fardeau de contrebandier. Je n'ai qu'une idée en tête, faire du feu. Chaussures et chaussettes sont trempées. Ma bougie de secours permettra de faire prendre les premières brindilles. Un peu de chaleur, une présence rassurante.

Nous sommes les seuls animaux à pouvoir accomplir ce miracle et quand la flamme apparaît, la magie opère, invariablement.

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11juin 2017

Boire

L'exploitation de la forêt nécessite aux engins des chemins d'accès. Une fois les parcelles exploitées, la nature reprend ses droits, le temps de la repousse, le chemin n'existe plus. Et voilà que l'itinéraire prévu se révèle impraticable parce qu'introuvable...Assumant pleinement ma fonction de voyagiste, j'épargne à Bertrand mes hésitations et part en reconnaissance, le laissant en compagnie des fougères encore perlées de rosée. Le "vrai" chemin n'est pas loin mais l'épaisseur des buissons et la taille de leurs épines nous transforment pour un temps en légionnaires. Quelques impacts épidermiques plus tard, nous rejoignons le chemin tant désiré, puis le premier village de la vallée, Azparren.

Une journée de villages puisque nous suivrons la route sur plus de dix kilomètres. Impossible, durant la préparation de l'itinéraire, de trouver un tracé alternatif... Nous subirons la chaleur du bitume, l'inconfort de marcher sur un ruban destiné aux véhicules à moteurs. Nous profiterons par contre de la légèreté de notre sac, n'ayant pas à stocker l'eau. Prochain pueblo : Oroz Betelu. Sur le pont qui marque l'entrée du bled, un autochtone observe la danse des poissons dans la rivière en contrebas. Nous sortons ce pêcheur de sa rêverie fantasmatique. Le bar du village mérite une visite et c'est sans sourciller que nous suivons les conseils de notre précieux indic. Chez Louisa, nous trouvons le réconfort. Une salle carrelée pour se rafraîchir, quelques bières et les petits pinchos (tapas) du dimanche. A 13h30, nous sommes dans un état d'ivresse rendu soporifique par les gourmandises ayant voyagées du comptoir à notre estomac. La bar s'est rempli au fur et à mesure que nos bières se sont vidées et c'est devant un respectable public que nous nous transformons en explorateurs sahariens. Les tshirts mouillés s'intercalent sous les casquettes, nous venons de créer le burkini pour clochardes...

L'arrivée à Garralda en fin d'après-midi sonne la fin de notre excursion routière...nous pensions y trouver un hôtel mais non. Nous réfléchissons en buvant une bière pendant que Nadal s'envole facilement vers la victoire. Nous décidons d'aller manger dans l'autre bar du village pour ensuite aviser. Manger n'allant pas sans boire, nous ne nous priverons de rien. Nous repartons le coeur léger et la démarche titubante, peu soucieux de savoir où on finira par dormir...Le paysage change à mesure que nous dessaoulons, on passe du sec à l'humide, de la Navarre au Pays Basque. Le ciel se couvre. Un pré plat après un passage canadien. Une veillée ponctuée par quelques passages de tracteurs. Une infusion d'ombelles de sureau cueillies dans l'arbre. Bertrand ne tarde pas à se coucher. Au premier ronflement, j'éteins ma frontale.

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10juin 2017

Maquis

A deux, la randonnée est ponctuée de moments de convivialité qui donnent envie d'un confort relatif. Pour les matins, nous avons choisi le luxe d'une cafetière italienne, la garantie d'un bon début de journée. A 7h, la première tournée est prête. Nous plions le camp. Une deuxième tournée avant de plier le sac. A 8h30, nous sommes en marche mais notre combat du jour ne sera pas politique. Le soleil, déjà haut dans le ciel, ne nous fera pas de cadeau. A nous de devenir les rois de l'esquive d'un assaut lourd et constant. Nous traquons l'ombre des arbres qui s'amincira jusqu'à l'heure du zénith. Nous tentons de flairer la brise rafraîchissante. La végétation traduit une sécheresse chronique. Le thym serpolet est en fleurs mais n'exhale pas le parfum de son homologue des estives auvergnates. Je grignote en chemin quelques pétales d'églantier, lui aussi à point. De chaque côté de la route, du maquis dense et bien piquant, pas de place pour les raccourcis improvisés. Nous croisons trois randonneurs en pleine pause. Nous multiplions les arrêts également. Café, pâté, compotes, le garde-manger est encore bien garni, nous pouvons y plonger sans retenue. Nous progressons par sauts de puces tant la chaleur est accablante. Éviter la surchauffe devient la seule priorité. Nous nous soumettons humblement à la loi de l'Astre, en pensant à la relative fraîcheur d'une veillée sans migraine. Quinze minutes de pause toutes les demi-heures. Un vieux fourgon Mercedes nous dépasse pendant un de ces temps morts... un camion de teufers, tout le monde descend !!! Nous évoquons les raisons mutuelles de nos présences ici. Fête de hippie pour les uns, vie de bédouin pour les autres. Pour eux, la fête est finie, direction le Portugal. Nos hygiènes respectives équitablement indélicates nous invitent à la camaraderie. Les jeunes, attendris par notre condition de piéton au soleil, nous offrent de l'eau fraîche et de la marijuana sans gluten. Leur route continue tandis que notre pause devient escale. Rien ne presse, les jours sont longs, personne ne nous attend, la réception de notre hôtel est ouverte 24/24. Ce sera ce soir la clairière d'un chemin forestier. La biche du quartier, par ses râles répétés, nous fait comprendre que nous ne sommes que d'éphémères invités. La lune se lève, pleine et jaune.

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09juin 2017

Le bus fantôme

Notre arrivée à Bayonne avec une heure d'avance présageait du meilleur. C'était sans compter sur le sens des affaires de notre compagnie espagnole sensée nous conduire à Pampelune. A 11h30, notre car " Conda " devrait être là. Evidemment, on se renseigne, nous sommes au bon arrêt. Les bus " Macron" défilent sous nos yeux, nous demandons aux chauffeurs. Rien. Nous ne comprenons pas. A l' Office de Tourisme, personne non plus ne comprend...

Contrairement à François Fillon, nous avons compris que c'est foutu et nous activons le plan B : un bus de ville jusqu' à Hendaye, un arrêt toutes les deux minutes... puis le "petit train", plus proche du RER que du tortillard, jusqu'à San Sebastian. Enfin le charme des grandes gares routières espagnoles souvent en sous-sol. Un monde souterrain, des voyageurs en transit, des cafés, des restos...le patron de bar, comme le cheval de la mine de charbon, deviendra-t-il aveugle à la vue de la lumière du jour?? A San Sebastian, au guichet de la compagnie nous ayant fait faux bond, nous comprenons la technique commerciale qui au eu raison de nous. Quand il y a peu de préventes en ligne, ils rachètent des places aux "Ouibus" ou Flixbus". Le changement d'enseigne est alors redoutable pour le simple usager...

Nous atteignons finalement notre destination, Aoiz, quelques 2500 habitants. Nous laissons derrière nous les moyens de transports les plus modernes, nous voilà redevenus piétons. J'ai l'impression paradoxale de poser mon sac alors que je m'apprête à le porter pendant plusieurs jours. Les contraintes de la vie sauvage sont maintenant pour moi libératoires. A chaque nouvel épisode à pied, chaque nouveau départ, je laisse le flux de l'absolu m'envahir et il n'y plus qu' à se laisser bercer... Courses d'appoint, apéro d'arrivée, pieds dans la rivière : nous sommes prêts à quitter le village et commençons l'ascension sous les rayons d'un soleil moins toxique qu'aux heures chaudes. Un chemin qui coupe la piste, un petit plat dans un virage, une vue sur la vallée, ce sera suffisant pour notre première halte nocturne. Un ami, une bière, un coucher de soleil. S'endormir en nageant dans les eaux de ses pensées nomades.

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08juin 2017

Revoir la Navarre

Juin 2012 : fin de la première partie du gros oeuvre, Maroc, Espagne et la moitié de la France. Reste les finitions et leurs statuts bien particulier. On peut tout aussi bien s'en passer que les considérer comme un aboutissement. Restait donc quelques promenades à faire dans ces trois premiers pays. En quelque sorte boucher les petits trous. Des trous de première classe comme en avril dernier dans le Haut Atlas, irrésistiblement magnétique. Des trous de deuxième classe sans rechigner non plus comme dans le Morvan. Poinçonner, colmater, progresser... sans viser la performance

Juin 2017 : excursion en Navarre / Pays Basque. L' itinéraire choisi Aoiz / Bidarray sensé combler Sanguësa / Bayonne. En prolongeant la métaphore BTP, il resterait à faire les joints. Je serai cette fois ravi de pouvoir écrire "nous" puisque Bertrand m'accompagnera pour cette ballade. Voilà donc un spécialiste des terres ibériques, une autre promenade de ce même projet nous avait menés jusqu'à Puertollano il y a cinq ans. Ce sera la traditionnelle farandole de transports pour rallier notre point de départ. La première étape chez la famille Mathat. Demain, la deuxième jusqu' Aoiz, petit bourg de Navarre, en passant par Bayonne, San Sebastian, Pampelune...Viendront ensuite nos premiers pas en direction du Nord.

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15avr. 2017

Rétrocéder les clés

J' ai cette fois demandé un petit déjeuner berbère à Saïd. Pain, huile, thé. En bonus, olives et fromage. J'ai fait le début de cette ballade en 2007, il y a dix ans. Tout a changé, je ne reconnais rien. La terre de la piste est devenue bitume, les maçons ont eux aussi bien bossé, les maisons ont poussé. Je trouve rapidement l'itinéraire bis, un chemin muletier assez fréquenté qui coupe les lacets de la route. Pente raide mais ombragée. Après un jour de repos, les jambes ont faim et j'avance à vive allure de mulet. Les premiers 600m de dénivelé sont une formalité. Au col, à 2350m, un bouiboui propose des boissons fraîches. j'avais déjà fêté cette première ascension à coups de Coca une décennie auparavant. Je me désaltère, soigne mon taux de glycémie. On me propose une chambre à Tachddirt, je ne m'engage pas, il est encore tôt. Je reprend mon chemin par la route/piste qui se termine à Tachddirt. Plus de réseau téléphonique. Voilà le fameux Tachddirt qui pointe le bout de son nez. Un fond de vallée minéral. Un village sec pas très appétissant à première vue. Un autochtone décidé à me suivre pour le dernier kilomètre. Monologue bipolaire d'un déjanté : " Boire le thé ? " ou "Gîte ?". Notre ami est splendiose, un vrai personnage de BD : oreilles décollées, bassine en fer sur la tête, vocabulaire restreint, démarche insolite. Nous faisons la paire. La scène est cinématographique, proche de la poésie de l'abstraction jubilatoire ou de la quintessence de l'universalité. Nous sommes des personnages de western et notre arrivée en ville fait sensation... J'attendrai le bout de la piste pour les séparations. J'étais la seule proie potentielle de la journée. Mais qui n'aura pas mordu à l'hameçon. Et je continue jusqu'à ma destination finale : Oukaimden, la station de ski du Haut Atlas. Reste un dernier col, à 2950m d'altitude, avant d'apercevoir le premier télésiège. L'air est frais, je troque casquette contre bonnet, un coupe-vent est pour la première fois le bienvenu. L' oxygène se raréfie , je me traîne péniblement jusqu'au sommet. C'est l'heure du thé pour les bergers de Tachddirt. Je me déleste de mes derniers biscuits. Ce thé a le goût du Champagne, la gueule d'un drapeau à damier. Les bergers comprennent ma légère volubilité quand je leur dit qu'il y a une semaine, j'étais là bas où le soleil se couche, à plus de 150km à l'ouest. L'idée de l'arrivée, comme toujours ensuite, me plonge dans un profond tourment... Mais je me raccroche à ce que disait Guillaume de Machaut au XIVe siècle en composant son rondeau reversible : " Ma fin est mon commencement " Marcher pieds nus dans l'herbe verte et spongieuse finira de me libérer de ce pincement au coeur. Je retarde l'échéance en zigzaguant dans la prairie, je suis Laura Ingalls...

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14avr. 2017

Chill out

Pas d'objectif aujourd'hui. Déjà, je suis gâté. J'ai la plus haute terrasse panoramique du pays. Alors je cherche le meilleur café du patelain, que je ne trouverai pas. J'emprunte un bout du chemin du lendemain. Karim emmène des touristes espagnols chez lui pour le repas de midi. Il me propose de le suivre, je recroise Brahim et Hassan, deux des muletiers. Comme à la maison, j'engloutis une délicieuse salade, à prix libre... Le temps s'écoule doucement. Je remonte tranquillement sur les hauteurs pour profiter de la fin d'après-midi. Bart, un hollandais déprimé, me dresse une liste exhaustive de tous ses problèmes de voyage : trop chaud et trop de monde à Marrakech. Un peu trop froid en montagne, en plus, il n' a pas de chaussures pour marcher...Le thé à la menthe est trop sucré, etc... Je lui fais une contre-liste pour lui montrer que le plaisir est là, tout près. Me reste 25km pour finir ma mission, deux jours en mode promenade du dimanche, un seul en mode warrior. Demain nous dira...

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13avr. 2017

Vers Imlil

Ce sera une journée sans effort si on peut dire. Pas 15kg sur mon dos. Pas de souci avec l'orientation. Quand même 27km, quand même 1700m de dénivelé. Départ à la frontale à 6h15 en compagnie de mes amis muletiers.

Je suis la voiture balai du convoi. Et je peux étudier la belle machine qu'est le sabot de mulet tandis qu' à dos d'équidé se joue le debriefing du match de foot de la veille. Nous atteignons le premier col à plus de 2385m d'altitude aux premiers rayons du soleil. Mes congénères descendent pour la première fois de leur monture. Les animaux s'abreuvent, pas leurs propriétaires. Je bois car je ne suis pas cavalier. Aujourd'hui, sans mon bât, je suis une sauterelle, touchée par le ravissement. L'apesanteur mentale. Le rêve éveillé. Peut être la récompense des efforts de la veille. J' archive évidemment le tracé de cette randonnée. Je papote avec Brahim, le chef de la troupe. Il y a des gîtes dans le coin, mais pas de panneaux, il faut connaître... Nous descendons jusqu'à l'oued. Vallée d'Azzagen parallèle à celle d'Imlil. De Ouirgane à Tizi Oussem. Enorme. Nous remontons pour atteindre la piste. Village d'Ait Aissa. Pause épicerie avant d'attaquer la deuxième étape de montagne par le chemin muletier. La mule de Brahim a 25 ans et ne tarde pas à tomber en panne sèche. La langue pendant sur le côté du mors. Plus moyen d'avancer. Délestage maximum, nouvelle pause. La caravane s'effiloche, tout le monde se retrouvera au col. Je profite de la lenteur, il fait 30°C. Au sommet, les mules sont en nage, pareil pour moi. Elles se roulent dans la poussière, je file à l'ombre. Sardines, Vache qui Rit, biscuits, soda, le Kaskrout marocain par excellence. Nos pains " de voyage " sont à bout de souffle mais font le job. Une sieste serait la bienvenue mais pas la peine d'y penser. Encore deux ou trois heures jusqu' à Imlil, nous avons tous envie d'en finir. Encore une descente bien raide, les jambes deviennent échasses, rigides. Le chemin devient piste. La piste devient route. Défilé de 4X4 et de bus touristiques pour les cinq derniers kilomètres. Imlil me fait l'effet d'un Las Vegas. Après 6 jours de marche, plutôt Las Vegas Parano... Les amis muletiers me laissent sur place, je leur tend un billet pour le portage. Ils sont pressés de rentrer, me voilà seul au milieu d'une petite jungle. Impossible de passer la nuit là-dedans.

Une terrasse de café, un Coca, un temps d'observation. A côté de moi, deux gars discutent, classe naturelle, la bonne ambiance est de mise, on boit le café. Je m'adresse à Samir et Rachid pour un plan logement " sympa " . La flèche fait mouche. Ils bossent pour une auberge en tant que guides. Ils me disent qu'elle se situe derrière l'arbre, oubliant de me dire que c'était derrière l'arbre le plus loin, en haut de la colline...Impossible de refaire 200m de dénivelé après une journée comme celle là. Mais impossible n'est pas berbère, c'est donc Hassan et son mulet GTI me conduira jusqu'au perchoir...un appartement pour moi, un repas aussi copieux que délicieux, un lit douillet. Demain, je vote pour les vacances!!!

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12avr. 2017

Grâce à Dieu

Je quitte mon caillou aux heures fraîches. Les cueilleurs de lavande attaquent aussi leur journée. Brèves salutations. Je rejoins le fond de vallée de bonne heure et de bonne humeur. Petit déjeuner le long de la route Ouirgane / Tizi n Test, un col bien célèbre au Maroc. Scénario bien connu, je dois maintenant remonter une grande vallée jusqu'au pied de la montagne, 20km plus loin, 1km plus haut... J'avais repéré la veille un sentier qui pourrait m'éviter les lacets de la piste. Je décide à l'unanimité d'essayer de le rejoindre espérant quelque économie de mouvement. Cette vallée est gigantesque et je suis ridiculement petit.

Je m'engage et commence à suivre l'oued. Très vite, je dois enjamber une clôture. A peine plus tard, je met le pied dans l'eau. Et je suis maintenant bloqué par une chute d'eau infranchissable.

Je me décide à rejoindre le promis sentier. Quinze mètres au dessus de moi. Je refuse de faire demi-tour. Je sors les gants en cuir de mon sac et commence la grimpette.

Roche millefeuille très friable, buissons piquants, le contraire d'une partie de plaisir. Quand je jette un coup d'oeil sur ma faible progression, je prends conscience de l'impossibilité de rebrousser chemin, de l'interdiction formelle de chuter. Je parviens à atteindre ce que je croyais être un sentier au bout d'un litre de sueur... il s'agit en fait d'un canal d'irrigation, à flanc de montagne. Des murets de 10cm de large. 30 cm d'eau courante entre les deux. Je n'ai pas d'autre choix que celui de remonter ce canal, en espérant qu'il rejoigne la piste plutôt qu'une cascade... Une fois de plus, un calvaire. Mais le parcours m'interdit de songer à autre chose que mes appuis. A ma droite un vide vertigineux. A ma gauche, une haie de trucs épineux. Fidèle à mes convictions et peu motivé par des envies suicidaires, je choisis l'agression cutanée. Une heure à marcher comme un canard au dessus du vide. Le canal prend fin, et ne rejoint pas la piste. Les emmerdes volent souvent en escadrille. Il faut que je rejoigne cette putain de piste, pas très loin, à 300m d'ici. Mais 200m de dénivelé positif, ce qui promet une deuxième session bien verticale... A quatre pattes, je suis en sécurité, allons-y!! La piste est enfin là, il est 14h, 5km en 4 heures, je vide deux litres pour fêter çà. Je peux maintenant avaler les kilomètres jusqu'au dernier village accroché à la montagne, Tizgi. J'y arrive vers 18h, la pluie menace, juste continuité de cette difficile journée. Mais le vent tourne quand je croise deux gamins qui me demandent si je vais au gîte... Un gîte ici? Alors bien sûr que je vais au gîte !!! J' y rencontre Karim, guide de montagne à Imlil, ses 5 potes muletiers et une famille de Français. Je pose mon sac dans l'entrée, il se met à pleuvoir. Si j'avais eu un pote, je lui aurais fait un clin d'oeil... Qu'il est bon de converser en français. Karim connaît parfaitement la montagne. Demain il raccompagne les clients à Marrakech. Les muletiers rentrent à vide direction... Imlil comme moi !!! On me propose de partager la ballade en leur compagnie, un mulet s'occupera de mon sac !!! Départ de nuit à 6h. Nous commençons la cohésion du groupe à l'épicerie du village qui retransmet la Ligue des Champions, le match aller Bayern / Real. Depuis 2012, rien à changé, on est soit Reali soit Barsawi. Ici, tout le monde est catalan mais il est de bon ton de venir encourager l'adversaire de l'ennemi...

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11avr. 2017

Lovely day

Ce sympathique plombier à casquette est d'une ponctualité chirurgicale. Je lui ai commandé le petit déj pour 8h et j'aspire ma première gorgée de thé à 8h02. J'enfile mon sac à dos, un nouveau sac à dos, un très bon sac à dos, un très beau cadeau. Le programme de la journée est simple mais bien chargé : rejoindre une vallée verte à 5 km, la remonter jusqu' au bout, passer le col, redescendre en fond de vallée puis suivre la piste jusqu'à apercevoir la prochaine... La ballade est de toute beauté, la température idéale. Un oued à sec me permet de rejoindre la "vallée verte", ambiance canyon préhistorique. Ensuite, c'est l'explosion de vert, de l'eau partout. Eau, source de la vie. Je profite des couleurs depuis la piste panoramique. Je la suis jusqu'à rencontrer la rivière. Des hommes préparent un tajine, abreuvent les mules. Les femmes étendent le linge sur les cailloux aux dimensions les plus adéquates. Les enfants alternent entre petits coups de main et douces rêveries. Personne ne me demande où je vais, ma présence ne semble pas bousculer l'ordre des choses. Ces ondes bienfaisantes me poussent à une courte halte au bord de l'eau. Moment d'une indescriptible poésie au parfum d'éternité. La piste n'est plus mais le chemin qui s'enfonce est féérique. Je marque une nouvelle pause avant la dernière ascension de la journée. Le paysan laboure ses terrasses à l'aide d'un mulet. Je lui emprunte l'ombre d'un des ses fruitiers. Un faucon choisit ce même arbre comme étape. Je me pétrifie, espérant rallonger mon temps d'observation. Le rapace est à peine trois mètres, il attendra la fin de mon apnée pour s'en retourner. Peut être un représentant des autorités locales missionné pour prendre soin du bon déroulement de ma randonnée. Mais sans l'indélicatesse de l'homo sapiens. La descente est tout aussi magique, des villages perchés, une architecture traditionnelle discrète se fondant dans le paysage. C'est seulement au bout de 30 km que je trouverai mon bonheur pour la nuit. Un éperon caillouteux au milieu des plants de lavande. Vue imprenable sur la vallée de Ouirgane. Je monte le camp, me nourris, vite fait... A la nuit à peine tombée, je file dans mon duvet, les jambes lourdes, l'esprit léger...

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10avr. 2017

Cadeau surprise

A huit heures pétantes, mon nouvel escort-boy, promis la veille, est déjà là. Emmitouflé dans sa djellaba, les traits tirés par le manque de sommeil, il se serait facilement passé de cette mission matinale. Je me serais également passé de sa présence afin de pouvoir réguler mon transit dans une stricte intimité. Cette contrariété intestinale provoquera immanquablement l'agacement. Et même si un sympathique petit déjeuner m'est offert 4 km plus loin. Ici, l'eau est partout. Elle est canalisée et irrigue toutes les cultures. A 1800m d'altitude, des champs de blé, de la luzerne. Je fais le plein à la source du village de Tagadirte. L'eau y est pure, je ne la filtre pas. Elle a le goût de la vie, de la fertilité...La piste devient route, une superbe route panoramique qui facilite la surveillance du touriste à pied. Cette filature intrusive doit finir par s'arrêter. Au détour d'un virage, brandissant fièrement un rouleau de PQ, je propose d'un ton provocateur une excursion fécale à mon garde du corps, quelque peu désappointé... Ce qui a pour effet immédiat d'allonger la distance de sécurité entre nous. Pendant son absence, je quitte la route principale qui mène à Amizmiz et emprunte une piste secondaire suffisamment caillouteuse pour interdire les promenades à mobylette...Enfin seul, Dieu que c'est bon! Le reste de la journée n'est que plaisir : descente facile jusqu'à Anerni puis pancarte surprise : " Auberge Benija ". J'appelle et on m'informe qu'elle se situe à 2 km de ma position. Ça vaut le détour et je file à Tniri, au fond de cette petite vallée. Le jeune plombier du village gère les affaires du propriétaire : accueil, repas, etc... Je profite de cette bénédiction inattendue : douche, terrasse panoramique, tajine... qui l'eut cru???

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09avr. 2017

Affaire à suivre

La chaleur de la veille a eu pour effet de modifier mon horloge interne et je me remet en route dès les premiers rayons du soleil, bien décidé à profiter d'une relative fraîcheur matinale. Je croise la mob du lutin bienfaiteur qui m'avait souhaité bonne nuit, grossièrement cachée derrière un arganier isolé. Il n'est pas encore en piste mais devrait bientôt pointer le bout de sa moustache. En effet, il ne tarde pas à arriver à mon niveau. Salamaleks d'usage et question tout aussi rituelle : " où vas tu ? " Je jouerai cette fois sur l'ambiguité de la notion de " tout droit " selon qu'on se déplace à pied ou en engin. Et c'est ainsi que nos routes se séparent. Et il n'est jamais plus question de ma sécurité quand l'effort de la marche à pied devient nécessaire à la filature. Je suis maintenant tranquille, pourvu que ça dure... La descente sur Adassil, prochain ravitaillement, commence par une descente d'oued à sec. Un saut de trois mètres m'oblige à la plus grande prudence. Je fais parvenir le sac en bas à l'aide d'une cordelette. C'est le tour du bonhomme. Je prends le temps et me concentre. Rien de difficile mais tout de même exposé. Aller jusqu'au village ne sera plus qu'une formalité. J'y trouve des sardines, des oranges. Je partage 1,5l de Ice, une imitation de Fanta Orange, avec les enfants du quartier. De la chimie pure, je n'en crois pas mes papilles...La pause est terminée, je repars en quête d'absolu. La poésie s'arrête au premier son de pétrolette, quelques kilomètres après le douar. Hassan, jeune berbère de 25 ans rasé de près, deux enfants et demi, pas un mot de français... Il m'accompagnera jusqu'à mon spot bivouac, un petit plat au milieu des cailloux. S'en suit un grand classique, il me passe le caïd au téléphone. Entretien courtois dans un français académique. Tentative vaine de me faire changer de camping. Mes phrases s'allongent, la batterie du téléphone s'épuise... jusqu'à ce que je rende l'appareil à son propriétaire... entièrement déchargé !!! L'affaire est réglée, il n'y a plus qu'à se dire au revoir. Hassan me dit qu'il passe le relais et que demain, c'est un de ses amis qui m'escortera jusqu'au prochain village où je prendrai mon petit déjeuner. J'essaie de rester philosophe en pensant aux bienfaits des voyages organisés.

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08avr. 2017

Forte escorte

A l'heure du Ftor (petit déjeuner) un représentant des autorités est déjà en piste. Son allure ne peut faire croire à une grande crédibilité : 1,60m, 50kg, survet', claquettes, mobylette... difficile de se sentir plus en sécurité. Voilà donc mon premier lutin. Il attendra en bord de piste jusqu'à ce que trouve un transport direction Ait Moussa. C'est fait, voilà une R19, année 1991. Je paye le prix fort pour ne pas attendre pendant trois heures. 40mn de trajet. A peine sorti du carrosse, un villageois insiste pour savoir où je vais. Ma réponse est déjà prête : "nichane" (tout droit) Une réponse aussi claire qu'évasive. Je choisis le chemin muletier plutôt que la piste. Le village suivant en est de suite averti grâce à un réseau téléphonique très efficace, même dans des vallées apparemment isolées. La ballade commence sous un soleil de plomb, à midi, par 15km de montée. Et voilà que le deuxième lutin apparaît. Bien évidemment, et dans un esprit d'ado attardé, c'est le moment que je choisis pour faire une pause, en plein soleil. Notre ami me propose gentiment de le suivre. Je décline poliment son invitation, préférant marcher seul en prenant le temps de m'arrêter où bon me plaît. Après un court compte-rendu téléphonique, mon garde du corps fait demi-tour, quelque peu désarçonné par ce touriste original qui parle quelques mots d'arabe mais ne semble comprendre que ce qu'il veut. L'ascension continue, je retrouve une piste à peu près carrossable. En tous cas suffisamment pour qu'un troisième lutin surgisse en scooter. Moustache et gandoura, spécimen plutôt classieux. Et un deux-roues de bonne facture. Lui aussi s'intéresse à ma destination. Je réponds cette fois par le "très loin" : " Oukaimden " à 150km d'ici... Ce qui ne lui donne pas plus d'informations quant à mon itinéraire que " tout droit ", pour ma plus grande satisfaction. J'atteint le sommet de la côte en fin d'après-midi. Un plateau à 1800m d'altitude. Quelques arbres, des bosquets. Du plat, de quoi faire un feu. Une vue sur toute la vallée. Parfaite halte pour une nuit. Mon ange gardien finit par me retrouver au milieu des buissons. Une dernière tentative pour que je me rapproche de la prochaine ferme, d'où il pourrait me surveiller sans effort. Je le remercie et le congédie à grands coups de sourires. J'en rajoute une couche sur la beauté de ce spot. Le clou est enfoncé. Il a compris. Je ne bougerai pas. Soupe chinoise au fromage de brebis et thym sauvage. Coucher de soleil de carte postale. Pleine lune pour fullmoonistes.

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07avr. 2017

Yallah

C'est toujours avec une grande excitation que je retrouve les montagnes marocaines. En 2012, j'avais occulté le Haut et Moyen Atlas, de Marrakech à Fès. Les séances de rattrapage avaient commencé l'année dernière me conduisant non loin d'Imi n Tanout après une traversée Sud/Nord depuis Taroudant. Bon élève, travailleur et rigoureux, je repartirai cette année du point d'arrivée de l'année précédente. J'abandonne cette fois l'idée d'enregistrer de la musique en chemin, le parcours prévu apparaissant déjà comme bien chargé en kilomètres et dénivelé. J'accorderai pour ce périple une attention particulière au poids du sac. Aussi, je pèse minutieusement tous mes items, et ce après une sélection drastique de ce qui doit être emporté. 13 kg et 669g, sac compris, voilà le verdict. Quelques exemples intéressants : un passeport 35g, une pile LR6 25g, un sachet d'aspirine 3g... Direction Boulaouane à quelques kilomètres du village d' Ait Moussa d'où cette promenade commencera. J'y trouve une famille proposant des chambres et repas à prix doux comme on dit dans les guides touristiques. Ce sera ma soirée étape. Mohamed parle un français très correct mais il a fait ses études en anglais et c'est donc la langue de Shakespeare que nous choisirons pour communiquer... Il me parle déjà de "sécurité" et j'imagine déjà le scénario du lendemain : escorte locale à mobylette, toujours la même question, "fine radi? (où vas tu?) Je me fais à cette idée et profite tout de même de la soirée, de la fraîcheur de la terrasse, de la sensation de satiété, du confort d'un lit...

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19nov. 2016

La Suite à Tonton

Chateau Chinon sera la dernière étape de mon pèlerinage automnal. Flux de sud, vent, pluie. Peu de possibilités de logement jusqu'à Avallon. Alors j'écourte sans regret. Quelques éclaircies aujourd'hui, la ballade est plus douce. L'homme, bien qu'étanche n'est pas fait pour la pluie. Sous nos latitudes, pluie rime le plus souvent avec froid. Et quand on marche, rester sec devient une priorité. Aujourd'hui les sentiers forestiers sont meurtris par les engins des exploitants. Les abondantes précipitations de ces derniers jours n'y ont rien arrangé. Le chemin est un champ de bataille et je dois passer en mode légionnaire, parfois même contraint de contourner par la forêt de peur de m'enfoncer de trop. S'en suivra en fin de journée une scène dont je ne me lasserai jamais. Le jeune réceptionniste de l'hôtel en costard, d'un classicisme désuet versus le pèlerin qui sort du bois, crotté de boue jusqu'aux rotules. Lui ne connaît sans doute pas les plaisirs du bivouac. De même que je ne porterai probablement jamais de cravate. Preuve que les mondes parallèles peuvent se croiser. Fin de la promenade, 120km de plus vers le Nord. Pas un grand pas pour l'humanité. Pas même un petit pas pour l'homme. Juste quelques centimètres sur une carte. Mais chuis content.

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18nov. 2016

Mme Wood

" Une perturbation traversera la Nièvre en fin de matinée " La justesse de cette prévision coïncidera avec mon entrée dans le Parc du Morvan. Une journée dans les bois jusqu'au plus haut village du Morvan, Glux en Glenne. Je contourne le Mont Beuvray, hot spot druidique. Me privant ainsi des pouvoirs conférés aux eaux de l'Yonne qui y prend sa source. Les femmes y plongeaient leurs seins pour favoriser la production de lait maternel. L'histoire restant muette quant à quelle partie du corps masculin immerger dans l'eau magique, je passe mon chemin et continue ma route. Malheureusement, et malgré ma " vigilance accrue", je ne croiserai pas de fées, pas d'elfes, pas de lutins... Le gîte de groupe de Glux en Glenne pour moi tout seul. Mme Wood, un nom prédestiné au vu des paysages environnants, est aux petits soins. Ce soir, menu Brexit aux saveurs d'Outre-Manche. Mme Wood parle un français fluide parsemé de folkloriques créations linguistiques. Nous discutons dans la bonne humeur. De son travail notamment. Le gîte accueille des groupes de randonneurs, de cyclistes et de... druides!! Sa description de ces chamans est savoureuse et j'imagine des barbus vêtus de ponchos en laine, gambadant, serpette à la main, à la recherche du gui nécessaire à la décoction miraculeuse... J'avais l'image de Panoramix, druide solitaire et peu bavard. Et voilà qu'on me dit qu'en 2016, même les sorciers font des concentrations. A quand le rassemblement d'ermites équipés de Ipads?

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17nov. 2016

Vers Luzy

Mieux vaut passer la nuit sous un évier que sous un déluge. Et c'est le coeur léger que je m'en vais rendre les clés des sanitaires à la mairie, content d'avoir échappé aux huit heures de pluie que nous a offert la nuit... Faire de la marche son unique moyen de locomotion, se contraindre à avancer. Pour ne pas oublier " La Grandeur du Peu ". Et la magie opère à chaque fois. Que ce soit quelques jours ou quelques mois. En France ou au Maroc. Au printemps ou en automne. Un simple abri se transforme en une villa du Cap d'Antibes. Une brève éclaircie devient une semaine de vacances sous les cocotiers. Une porte qui s'ouvre vers un café chaud : la Garden Party de l'Elysée. La multiplication des pas favorise également le drainage cérébral. Les mauvaises pensées préfèrent l'immobilité et semblent ne pas pouvoir suivre le rythme de la randonnée. Alors, les hémisphères nettoyés, on peut se laisser aller à de douces rêveries mais aussi de saines et profondes réflexions. Les idées pleuvent, certaines germeront peut être tandis que d'autres se verront stérilisées par la beauté de l'impossible. Luzy en ligne de mire, la météo s'améliore et autorise maintenant le tombé de capuche et la mise à l'air du nez. Confort et réconfort m'attendent là-bas. A l'heure du café, le Bar de l'Eglise est encore plein. Je siffle une bière, récupère les clés de la chambre. Je fais subir un crash test au climatiseur inversé. Je lui demande 26°C. Il ne bronche pas et s'exécute docilement.

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16nov. 2016

Roland Garros

Bourbon Lancy s'éveille dans la brumitude. Je quitte les douilletteries de la Tourelle du Beffroi en habits de marin, à l'assaut du bois de la Teugne. Le cumul d'humidité et de douceur a fait naître des champignons. Avant hier déjà, le bivouac d'automne m'avait offert la joie de m'endormir dans un cèpe. Le village de Grury sonnera la fin de journée. Un ancien m'interpelle : " Atypique, votre affaire! Compostelle à l'envers? " Je rebondis brièvement puis enchaîne sur la nuit qui ne tardera pas à poindre, les possibilités de passer une nuit au sec. Il m'aiguille vers la mairie, il y a un local près du terrain de tennis. La mairie est fermée aujourd'hui. La secrétaire m'ouvre malgré tout, sourire aux lèvres. Elle m'échange les clés du bloc sanitaire contre une photocopie de mon passeport. Le deal est valable. Un toit, de la lumière. Même si ni eau ni chauffage.

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15nov. 2016

Bourbonnais

Marathon de la tente, douze heures sous du plastique. Café à Chevagnes, la France de bord de route. La Nationale comme cordon ombilical. 10h. C'est déjà l'heure des drogues dans le Bar Tabac Loto du patelain. Les junkies des jeux, de la télé et du tabac ne font que passer, se fournissant en grilles, programme et cigarettes. Les autres toxicos sont attablés pour les boissons, café et vin blanc. Certains sont polytox : un canon, une clope, un millionaire... Je choisis la triple dose de café avec chauffage en prime. Je ne pars pas avant d'avoir retrouvé mes orteils et laisse les drogués à leurs addictions. J'ai lu le journal par procuration, un désastre pour les oreilles. Interprétations chaotiques des nouvelles du monde, mieux vaut en rester à la météo, maussade. Les routes et chemins communaux invitent une fois de plus à la transe. Quelques pauses gâteaux secs tout au plus jusqu'à Bourbon Lancy où je péterai dans la soie du confort moderne. Effectivement, aucun des éléments de la fête ne manquera à l'appel, douche, lit, apéro, resto... Escargots, pièce de Charolais, Bourgogne oblige. La vie est douce en ville, surtout quand la carte de crédit peut parler. Demain, la Visa ne sera d'aucun secours. Même bien pourvue. Alors on stocke.

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