Une allure fondamentale

Entre 2 et 6 km/h, c'est là que se situe l'allure fondamentale. Ce blog en fait l'éloge...

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14nov. 2016

Marcher encore

"Attention à la fermeture automatique des portes" Direction Moulins. Le nez collé à la vitre, je regarde Clermont Ferrand s'éloigner dans le gris de novembre. Déjà, novembre, c'est triste. Le cru 2016 l'est encore plus particulièrement quoique plus recommandable que le millésime 2015. Le bouton nucléaire est maintenant dans les mains de Donald. La flamme de Cohen s'est éteinte. Hier on commémorait les morts du Bataclan. Aujourd'hui, comme Macron, je suis en marche et c'est là notre seul point commun. La journée se déroule comme une méditation en mouvement ponctuée de quelques douleurs dans le milieu du dos, signe de la fraîcheur du départ. Je sors du rêve à 16h30. Même si aujourd'hui c'est l'extrafull moon, comment croire à la flurorescence du gris qui flotte au dessus de ma tête? Il fera nuit dans 1h30. Une ferme sur mon chemin, l'occasion d'engager la conversation. " J'aime autant pas " sera la réponse à ma question qui concernait l'éventualité de planter une tente dans un des trois hangars de 200m carrés. Je finis dans le bois à 2km. Trop tard pour construire un feu. Pas de veillée. Au lit à 19h30. Et un récital de groin de cochon pour animer le début de soirée...

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18avr. 2016

Marche ou crève

Ma semaine sans goudron se termine. Le ruban noir est en vue. Une dernière descente bien périlleuse pour rejoindre le village et voilà! Maintenant, l'agréable sentiment du travail accompli. Même si ce n'était qu'un petit boulot, une courte mission d'intérim. Nous savourons cette satisfaction tout en nous disant qu'il n'y a pas foule par le pays comme on dit en Auvergne. L'épicier nous informe qu'il n'y a ici que deux propriétaires d'automobiles. Et qu'ils sont déjà partis. Du coup, nous repartons, penauds, à pied. Et le premier kilomètre imprévu n'a pas franchement le goût du bonheur. En randonnant nous sommes redevenus animaux, cessant de nous projeter. Nous avons par contre scénariser l'arrivée en bons homos sapiens. Ne dit-on pas l'erreur est humaine? L'erreur n'existe pas dans la Nature. L'homme fait il donc parti de la Nature? Ou bien l'homme est-il erreur? Voilà le genre de réflexions qui prennent vie quand la marche devient "forcée" . Le cerveau humain ne supporte pas la contrariété.
Mais la bonne étoile du pèlerin romantique n'a pas dit son dernier mot et Mr Toyota pointe le bout de son pare-choc. On lui barre la route, seule garantie d'une éventuelle négociation. Son itinéraire n' est pas très clair, mais il ne peut que rejoindre un axe plus important. J'ai confiance. Nous montons à bord. Le plateau du pick-up est un tapis de gasoil. Nous partageons l'espace avec les bidons vides et trois schtroumpfs qui vont à l'école. Au démarrage, j'ai déjà analysé la conduite du chauffeur, notre homme est un pilote. J'ai pas confiance. A la première perte d'adhérence dans un virage, je réalise que notre Sébastien Loeb ne tient pas que le volant entre ses mains. Nos vies s'y trouvent aussi. Grâce à l'air terrifié de mon camarade Rémy et bien que clairement menacé de mort, j'arrive à maintenir un afflux sanguin stable pour consulter mon GPS et vérifier qu'au moins, on meurt sur la bonne route... La bonne étoile du pèlerin...qui disparaît à la vue d'un véhicule... Le supplice se termine quand ce pirate stoppe l'engin au milieu de la chaussée et laisse la place à son collègue passager. Repose toi mon ami, nous nous reposerons. Dur retour à la civilisation. Après, c'est attendre un bus qui passera mais ne s'arrêtera pas. Prendre un grand taxi bondé. Arriver à Marrakech après deux heures de somnolence, tordu dans une étuve. Donner l'accolade réglementaire à son compagnon de chemin qui volera bientôt vers Paris. Se retrouver sonné, devant le Mc Do. Vivement bientôt.
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17avr. 2016

Lma oulla Chta ?

Au matin, il ne reste qu'une bouteille d'eau. Hier, nous avons croisé un relais telecom. Nous ne nous sommes pas arrêtés. J'ai encore confiance. Un " bâtiment remarquable " est noté sur mon road book maison, dans quelques kilomètres. Nous approchons. Un autre relais telecom. Pas d'électricité ici. Pas de panneau solaire en vue. Le poste est donc alimenté grâce à un groupe électrogène, lui-même rempli de carburant par un gardien qui vit là. Le bonhomme n'est pas bavard, il nous dit ne pas avoir d'eau. Impossible. Pas d'être humain sans eau. Il nous faut insister. La tablette de Milka qu'on lui propose en échange ne suffira pas à le faire sourire, encore moins à régler un léger problème de consanguinité. Mais nous avons le précieux liquide, carburant du marcheur sous le soleil. Maintenant nous devons avancer. L'avion qui ramènera Rémy en France n'attendra pas. Il décollera demain de Marrakech à 19h. Nous sommes à 40km de Lalla Aziza, le village synonyme de la fin de cette promenade. Il nous reste un peu plus de 24h pour l'atteindre. Nous passons côté Nord à 2650m d'altitude. le changement est radical. L'eau coule en abondance. Les bords de la rivière sont même spongieux. Et le plaisir simple de pouvoir s'abreuver sans limite... Changement d'aiguillage pour la fin d'après midi. La piste, on connaît. Essayons donc ce chemin muletier qui semble enchanteur.Très vite, c'est un régal. Vertigineux. Et bien que la pente s'approche des 50%, l' homme s'est installé ici, apprivoisant l'extrême verticalité des lieux. Seule l'eau semble être LA condition à la vie. Une centaine de maisons faites de pierres et de terre. Peut être un millier de personnes accrochés à la montagne à la limite de l' apesanteur...
Le petit air frais qui nous sèche alors les tempes annonce un changement, nous allons repasser côté ubac. Et là, surprise sonore et visuelle : le ballet des bulldozers qui grignotent les cailloux pour faire naître une piste. Evidemment, nous passons vite notre chemin mais l'ambiance "ubac" reste de mise. il y a du vent et les nuages enlacent les sommets. Lalla Aziza est en vue et c'est au bout de 35km que notre "plateau à bivouac" nous est offert. Les tendons sifflent, il était temps.
Encore un repas de rois. Quelques gouttes de pluie sèche pour animer la soirée. Comme à l'accoutumée une sacrée soirée. La dernière soirée.
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16avr. 2016

To summit

Aujourd'hui, on monte. Demain, on descend. Après demain, on rentre. Voilà ce qui nous attend. Simple à comprendre. Pas si facile à faire. Nous abandonnons vite l'idée de suivre, comme prévu, la piste. Nous préférons la crête. Pas de véhicule. L'air y sera plus frais. Et même si le chemin est hasardeux. Au bout d'à peine trente minutes, nous trouvons une ancienne piste qui longe également la montagne et remonte la vallée. A l'ombre puisqu'orientée au Nord. Une bénédiction quand il fait déjà 25°C et qu'on traîne 17kg. Mais c'est bientôt fini et nous devons partager un carré d'ombre pour la pause méridienne, à 2400m au dessus du niveau de la mer. Un palier gastronomique a été franchi avec l'arrivée de mon bel-ami. Saucisson, pâté au piment d'Espelette, tome de chèvre, compote de fruits. Rien ne manque. Je me pose par contre la question de l'eau. L'air est sec. Le sol est sec. Et dans 24h, à notre tour, nous serons secs. Mais l'excitation que provoque l'idée d'une nuit à plus de 2500m devient vite la plus forte. Ce sera ma nuit la plus haute, ever. C'est rien du tout mais chuis content. Saucisson/Lentilles pour remonter à mes origines ponotes. Coucher de soleil dans les règles de l'art. Suprême plaisir que cette tranche de vie nomade.

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15avr. 2016

Talmakant

Aujourd'hui sera un grand jour. Nous avons rendez vous à Talmakant entre 12h et 14h. Rémy atterrit à Marrakech à 9h. Je partirai à la même heure. Son programme : formalités d'aéroport, deux heures de route, une heure de piste. Le mien : 1000m de dénivelé négatif sans sentier dans les cailloux. Les téléphones cellulaires sont connectés. J'imagine mon pote guider un taxi au gps sur une piste qu'il ne connait pas, ménager la susceptibilité d'un chauffeur qui ne sait pas où il va. Le début de ma descente sera un plaisir éphémère. La suite : glissades, cailloux tranchants, chaleur, plantes qui piquent... Cinq kilomètres en trois heures. "Lentement" car dans l'obligation de faire "sûrement". Et me voilà sous un arganier à 12h20, au bord de la piste, à quelques centaines de mètres du village. L'aventurier clermontois arrivera 50mn plus tard. Nous voilà réunis. Au nom de la sainte allure fondamentale.
Mais d'abord réunis autour d'un tajine comme le petit lutin Reda me l'avais promis. Annoncé comme "tajine de frites", argument marketing choc destiné à séduire l'européen américanisé, c'est en fait un tajine de chèvre qui se présente et qui nous régale. Du thé, un soda américain au cola, nous voilà prêts à continuer le chemin... Deux heures de petits pas sous un soleil toujours aussi écrasant. L'épiderme de Rémy s'en voit directement et violemment ambiancé. Un petit plat repéré la veille du haut de ma montagne fera un beau bivouac. Pour fêter ça, la surprise tirée du sac de mon compère : une simple bière, mais ici, un élixir...

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14avr. 2016

Globules rouges

L'excès de zèle du petit bonhomme de la veille a pour effet de me faire partir tôt. Il est 7h20. Je suis en route. Journée tranquille cette fois. Suivre la crête, paisiblement. Au sommet, l'eau de l'oued est canalisée. J'y trempe les pieds deux fois. La première pendant huit secondes, la deuxième quatre. A 2500m d'altitude, l'eau est glaciale. Je remplis mes bidons. Puis longue pause méridienne. Demain j'ai rendez-vous avec Rémy sur la piste qui mène à Talmakant. D'en haut, je vois le village. Reda m'a hier assuré que je pourrai y trouver un bon tajine. Il n'y a plus de sentier, je navigue à vue et commence la descente. 500m plus bas, une plate-forme naturelle qui m'accueillera pour la nuit. Je passe trois longues heures à ausculter la montagne d'en face qui sera le terrain de jeu du lendemain. Un berger redescend son troupeau dans la vallée. Nous échangeons quelques mots, mais nos sourires respectifs sont bien plus significatifs. L'usage du verbe me sera plus utile demain. Et je rêve d'un tajine à quatre mains.

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13avr. 2016

Lutin, papiers

Un troisième jour qui s'annonce pas facile. Itinéraire en partie hors sentier, pas mal de dénivelé. Deux possibilités de ravitaillement aujourd'hui, il faudra ensuite tenir 48h. Le premier épicier me donne de l'eau et m'offre du pain. Le plein est fait, je n'ai rien acheté. Je lui demande quand même Coca et biscuits. C'est maintenant l'heure chaude, je fais le choix d'avancer. Pas vite. Une pause toutes les demi-heures, refroidir les pieds, soulager les épaules. 10 km jusqu'au prochain village, quatre heures de marche.
1800m d'altitude, les maisons sont accrochées à la pente. Chez l'épicier, toujours le même scénario : biscuits et soda pour tout de suite, pain et eau pour plus tard. Toujours pas d'eau à vendre, pas de pain non plus. Le petit moustachu m'assure la haute qualité de l'eau du village et qu'il me donnera du pain maison en passant par chez lui. Vu d'ici, suivre la vallée (mon itinéraire prévu) me semble bien fastidieux. Je me vois déjà longer la crête, plus direct, plus panoramique. Sans doute un chemin de berger existe-t-il jusqu'au sommet. J'aborde la question avec le commerçant. Ni une ni deux, il appelle deux de ses fils : le petit ira remplir mes bouteilles, le grand m'accompagnera dans la montagne, portera les bouteilles et le pain cuit par madame. Un voyage organisé, si on peut dire... Le petit lutin, Reda, m'accompagne donc jusqu'à un promontoire à plus de 2200m d'altitude. J'y dormirai, il y a un peu de bois. Journée difficile, mort de fatigue mais tellement vivant. En m'endormant, j'entends des voix. Deux voix. je reconnais celle de Reda. Un autre bonhomme est au téléphone. Il me dit vouloir voir mon passeport, je lui répond par la même requête, j'aimerais voir le sien. Embarrassé, il tourne autour de la tente. J'ai sommeil et envie d'en finir avec ces formalités d'altitude peu orthodoxes.
Je lui montre mon sésame. Les lutins disparaissent. La Terre est un hôtel. Mais on y montre ses papiers.
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12avr. 2016

Transe

La marche est lancée. Mes habitudes nomades sont très vite revenues. Avancer vers le Nord, prendre le temps. Éviter la surchauffe en s'arrêtant régulièrement. Se déchausser. Filtrer l'eau, s'hydrater. Puis remettre un pied devant l'autre. Marcher seul est une transe. Marcher c'est avancer. Avancer, c'est progresser. On se soucie peu du but tant qu'on progresse. C'est en cela que la marche libère l'esprit qui se laisse au fur et à mesure des kilomètres magiquement féconder par la multiplication des pas. Encore 500m de dénivelé au programme de la journée. Le soleil est un grille-pain, le pain c'est moi, et le pain est blanc. Je troque tshirt contre chemise manches longues. Une chemise sans gluten. C'était limite. Je croise l'instit du village d'Arazen. Jeune. Heureux d'être content. On discute 5mn. Ce sera tout pour la journée. La bonne étoile du pélerin fait apparaître en fin de journée un petit plateau propice au bivouac. Je reconnais un thym sauvage à l'odeur camphrée. A côté, un romarin commence de fleurir. J'ai l'intitulé du menu de ce soir : Soupe chinoise aux herbes sauvages crémée à la Vache qui Rit... Et, comme à mon habitude, neuf heures de sommeil en prévision pour se réveiller tout neuf. La Terre est un hôtel, et je suis en pension complète.

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11avr. 2016

Premiers pas

Le bus s'arrête, il fait nuit, j'ai la tête dans un seau de mousse, je ne comprends rien. Le bus se vide, il a une heure d'avance malgré une demi-heure de retard au départ, j'ai compris. Nous sommes à Taroudant. Gare routière. Pas très glamour. Je choisis l'option fraîcheur avec une promenade dans les rues désertes de cette petite médina. Le jour se lève, les êtres humains l'imitent.

Voilà d'ailleurs un représentant de l' espèce. Il fait partie de la sous-espèce "petit lutin" qui apparaît tout le temps à des moments inattendus. Il s'assoit sur un banc, cinq minutes avec moi. Costard-Crevette. Français approximatif mais ça va. Un peu perché mais ça va. J'ai appris à toujours demander mon chemin aux petits lutins pour peu qu'ils soient gentils. Il m'indique une minuscule station de taxis à la sortie de Bab Talrount. Taxi jusqu'à Oulad Brahim. Puis minibus jusqu'à " Carfour Mnizla " et enfin un éventuel pick-up jusqu'à Mnizla. J'ai toutes les infos et je remercie le petit lutin d'une belle blonde d'origine gauloise. J'arrive deux heures plus tard à Mnizla, tant bien que mal au dos. Si taxi, camionette et pick-up forment la sainte trinité, je ne suis pas un bon chrétien.

Midi, 30°C. Pas la meilleure heure pour partir randonner. Mais il me tarde et c'est parti! Des arganiers, des chèvres, des chèvres dans les arganiers. L'une d'elles fait une chute de cinq mètres, se relève, puis remonte dans l'arbre au bout de cinq minutes. Les moutons sont soit moins agiles, soit moins aventuriers... Le soleil écrase et brûle, les pieds cuisent, les pauses sont délices...L'épicier de Talaint refuse de me vendre ses sachets de Nescafé, sous prétexte de date expirée. Il les remet néanmoins délicatement dans leur boite...

Biscuits et soda pour le goûter, eau du robinet pour la soirée, le plein est fait. Me restent deux heures de marche jusqu'au bivouac et 500 des 4000m de dénivelé de la semaine. Je trouve mon petit paradis pour la nuit : l'ancienne piste, cinquante mètres au dessus de la nouvelle. Plat, discret, pas de détour, vue imprenable, du petit bois. Les ingrédients d'une bonne halte, d'une bonne soirée.

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10avr. 2016

Quatre ans après

La longue marche de 2012 n'est pas terminée. Nous sommes en 2016. Le cercle polaire est encore loin. D'autant que certains tracés manquent au compteur. La plupart en territoire marocain. C'est là-bas que j'irai cette semaine pour permuter quelques 120 kilomètres de la case "I will do it " à la case " I did it " . A travers le Haut Atlas. En Berbèrie. L'itinéraire est fait maison à l'aide des vues satellites existantes. Grâce à la sécheresse du climat (peu d'arbres) on peut facilement repérer routes secondaires, pistes ou chemins muletiers. Évidemment, rien ne vaut la vision directe et je rêve déjà d'itinéraires de traverse... Mais d'abord une farandole de moyens de transport pour rejoindre mon point de départ, Lamnizla. Ce soir, c'est bus de nuit direction Taroudant. Trente minutes de retard au départ de Marrakech mais notre chauffeur est sans doute un champion, car il appuie sur le champignon...Prendre le bus, c'est prêter sa vie à un inconnu en souhaitant qu'il vous la rendra.

14juil. 2012

Clap

Un dernier article pour clore ce premier épisode...qui aura duré six mois. Le cercle polaire est encore bien loin. Et la première partie du parcours comporte quelques trous. Je pense à ces 300km de désert avant Boujdour qui m'ont été sucrés par la gendarmerie. Une revanche à prendre, c'est certain. Pour ressentir à nouveau l'infinité saharienne. Me manque également le Haut Atlas, entre Agadir et Marrakech, squeezé pour cause de neige et de froid. Quelques autres trajets en bus à se faire pardonner, mais je ne perds pas de vue de remplir la mission initiale, celle de marcher du tropique au cercle. La seconde mission qui était musicale, ne sera remplie, je le sais maintenant, que partiellement. Les trois premiers mois ont été fructueux. Car les journées de marche raisonnables. Les jours de repos fréquents. Une météo, un décor, des gens parfaits. Puis l'ivresse de la marche a petit à petit pris le dessus. Les conditions ne se prêtaient parfois plus à la contemplation, à la rencontre, à la musique. Trop de pluie, quelques têtes peu avenantes et on a vite de fait de se replier sur soi même. Les endorphines deviennent alors de fidèles compagnes nocturnes, pour peu que, chaque jour, le nombre de pas soit suffisant. Enfin, l'habitude prise et la durée d'ensoleillement augmentant progressivement, trente kilomètres par étape finirent par me paraître un minimum. En mode piéton, particulièrement loin de la présence humaine, on retrouve ses cinq sens, aiguisés en permanence. La décharge émotionnelle , pratiquement constante, est infiniment nourrissante mais échappe à l'analyse. Elle se digère lentement. Et ses bienfaits se diffusent, inconsciemment. Ce qui en fait son charme. Mais ce qui m'empêche de répondre à la question qu'on pose traditionnellement au voyageur qui revient : " Qu'en as tu retenu, retiré?" . On n'explique pas le goût des gens pour la vitesse. Comment alors expliquer le mien pour la lenteur? La poésie de l' allure fondamentale se passe aisément d'explications. Et c'est bien mieux comme ça.=

13juil. 2012

Remerciements

Merci à tous ceux qui ont contribué, de près ou de loin, au bon déroulement de ce premier épisode :

- Ma bien aimée qui m' a suivi à distance, aidé, soutenu - Rémy et Bruno qui pendant six mois ont transformé des emails en un joli blog, sont venus marcher pour sans doute la plus dure session, m'ont trouvé et installé des cartes numériques... - Mes amis de Marrakech : Hibou, Violaine, Jeyms toujours prêts à rendre service - Tous les marcheurs, par ordre d'apparition : Jeyms, Gaël, Rémy et Bruno, Bastien, Anne et Mathieu,Hibou et Violaine, Sandra, René, Bertrand, Brice, Vincent et Youls - Tous les gardiens des relais téléphoniques du Sahara. - Les routiers qui dévient leur trajectoire à la vue d'une charrette. - Les automobilistes qui s'arrêtent en plein désert, pour donner boissons et vivres - Ahmed à Tarouma qui m'aurait ouvert ses portes si le caïd, Tom Sawyer, lui en avait laissé le droit... - Ahmed, à Tarfaya, qui a une solution pour chaque problème. Mais aussi toute l'équipe de l'hôtel El Bahja : Naji, Najet, Abdelatif... - Les gens de la coopérative agricole Zaouïa - Dar Dalia et Khalid à Chefchaouen - Rdouane à Cuenca - La famille Mathat à St Loubert - Marie-Eve, Julien et Jade à Brive

Pour leur petit coup de pouce :

- Jeff à Bruges - Nabil à Marrakech - Le Surf Shop à Dakhla - Ahmed à Tarouma - Abdelatif à Tarfaya - Boujmaa à Akhfenir - Cyril à El Ouatia - Hamid à Ait Rahou - Saïd à Fès - Fouad à la coopérative Zaouia - Les deux frères Ahmed et Mohammed à Ain Dorij - Chrif à Karouba - Khalid à Chefchaouen

- Emilie à Tarifa - Franci(s)co à Ronda - Le jeune de la chambre 208 à Antequera - Bertrand à St Loubert - Le possie de Villahermosa - Celui de Cuenca - Toute la famille du camping Las Majadas - Maximo à Tauste

- Gaël et Pépé à St Etienne - Vincent à Toulouse - Julien à Brive

ÇIMER !!!!

17juin 2012

Allure fondamentale

Ce long voyage se terminera au Mont Dore, aujourd'hui, en fin d'après-midi. Manquera quelques une poignée de kilomètres jusqu'à la maison, de l'autre côté de la montagne. La promenade de la Grande Cascade que je connais par coeur pour l'avoir déjà faite de nombreuses fois. Je ne la ferai pas demain. Ni après demain. La mission est remplie. J'aurais éprouvé l'allure fondamentale en tant que mode de vie. Une allure complètement naturelle. Petit à petit, l'homme s'est redressé, évoluant de quadrumane qui regarde par terre en bipède qui regarde devant lui. Ce qui a développé ses capacités à marcher et à prospecter. Rien de plus facile que de marcher. Et quand on sait où on va, c'est encore plus facile. On ne se pose jamais la question "que faire?" et c'est très reposant. Le "comment faire?" est bien plus simple à gérer car ne demande qu'à ce qu'on se mette à la tâche. Certains seront peut être impressionnés par ce modeste pèlerinage et parleront à tort de performance. Performance induit dépassement de soi. Marcher n'est pas une performance. Malheureusement, nos modes de vies actuels ont enfoui profondément cette capacité jusqu'à nous faire douter de son existence. Pour savoir, plus besoin d'aller voir. Car pour voir, plus besoin d'aller. Marcher, c'est suivre une pulsation intérieure que vous transmet votre propre corps. Si proche d'une transe musicale. Fondamentalement bénéfique.

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16juin 2012

Spéciale dédicace

Direction Tauves. Pique-nique méridien en bord de Dordogne. D'un côté la Corrèze, de l'autre le Puy de Dôme. Ayant pris un peu d'avance hier, j'arrive à Tauves à l'heure du goûter. J'y trouve un gîte et une délicieuse douche. Je ne me sent plus en voyage tant la maison est proche. Ma charrette a d'ailleurs fini le sien. Brave charrette qui m'aura ôté un poids, permis une grande autonomie, notamment en plein Sahara. Elle m'aura quelquefois compliqué la vie pour accéder à un lieu de bivouac. M'aura fait faire du souci lors des différentes casses. Chapeau aux soudeurs et réparateurs de cycles marocains qui lui auront fait beaucoup de bien, du petit bobo à la complète réanimation. Les pneumatiques n'auront pas bougé d'un pouce et pourraient facilement faire le double de kilomètres. Merci au savoir-faire allemand. Porter jusqu'à 60kg, aucun d'entre nous ne l'aurait imaginé. Elle, l'a fait. Une remorque à vélo du vingtième siècle. Trente euros au camping de St Girons. En traversant la Méditerranée, elle changea de sexe se muant de "carrossa" en "carrito". J'ai un moment voulu m'en séparer à St Loubert pour être plus léger. Sentimentalisme ou superstition, je ne sais, mais ce fut impossible. Elle rentrera demain en voiture. S'en suivra un repos bien mérité. Ce soir, menu terroir. Pounti. Truffade. Et un verre à la santé de ma camarade d'acier.

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15juin 2012

Fais tes trois jours

Dernières heures corréziennes. Demain, je traverserai la Dordogne et je serai alors en Auvergne. Un dernier bivouac ce soir, je me dois de trouver un endroit de choix. J'essaierai toutefois d'avancer un maximum pour alléger l'étape de demain qui se terminera par une douche, la visite de Sandra et sans doute une bonne truffade. Je dépasse Ussel dans le milieu de l'après-midi et mon cap passe du nord à l'est. Pas grand chose après Ussel et le plein d'eau se fera à la rivière. Ma pompe filtrante reprendra un peu de service. Voilà un très bon outil qui rend n'importe quelle eau potable. Et ici, de l'eau, il y en a partout. Un saharaoui en deviendrait fou. Brève étude topographique à l'heure du goûter pour dénicher "the nice spot" qui sera "the last spot". Les abords d'un petit aérodrome devraient assurer du plat pour la tente et une belle vue pour le bonhomme. Et je serai, une fois de plus, chanceux. Même bien au delà de mes espérances. En haut de la côte, plus qu'une belle vue. La Banne d'Ordanche, le Puy Gros, le Puy de Sancy. Tout près. Tellement près au vu des kilomètres parcourus. Je réalise enfin. Et me prend pleine tête une grosse décharge émotionnelle. Gorge nouée, la totale. Puis s'en suit un long et fluide moment d'intense sérénité. Le vent s'arrête. Les nuages se figent. Apesanteur cérébrale.

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14juin 2012

L'odeur de l'écurie

Les dernières encablures. Qui sentent fort l'écurie. Les tuiles et colombages du Périgord ont laissé place aux ardoises. Le relief s'accentue, les montées se font plus raides. J'arrive à Palisse vers 19h après une journée kilométriquement bien remplie. L'unique café du village est tenu de main de maître par une octogénaire très couleur locale. Au bout de la rue, je vois un panneau indiquant un camping. Je me renseigne auprès de la sympathique mamie. Il est juste à côté. Signe du destin contre lequel je ne lutterai pas, comme toujours. Probablement mon dernier camping. Il est calme, bien aménagé. Au bord d'un petit étang, mais sans trop de moustiques. Je gagne une fois de plus le virtuel concours de la plus petite tente. Qui ne m'apporte ni célébrité, ni récompense matérielle. Une des odorantes saucisses du barbecue de mes voisins allemands aurait pourtant pu faire office de médaille. Le marchand de sable passera ce soir très tôt puisqu'avant la nuit. Et dans trois jours, il me livrera au lit...

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13juin 2012

Retour fondamental

Journée spéciale puisque je passerai la soirée avec ma maman qui viendra me rejoindre. Je prends alors conscience que je suis vraiment près de la maison. Trois ou quatre jours. Je ne réalise pas et pourtant...Demain, un dernier bivouac. Après-demain, la dernière journée pour cette charrette qui m'aura rendu bien des services. Rendez vous samedi avec ma douce qui m'allégera de la quasi-totalité de mon paquetage. Et finalement la promenade du dimanche jusqu'au Mont Dore... Soirée tranquille. Repas fait des produits de la ferme. Une maman bien contente de voir son fiston. Peut être aussi que ce périple prenne fin. Content pour ma part de rentrer à la maison. Et surtout de cette manière. Très progressivement. Contrairement à l'allure aéronautique qui cause parfois au voyageur qui revient de loin quelque "mal du retour", l'allure fondamentale ne brutalise rien. Ni le corps, ni l'esprit.

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12juin 2012

Objectif malade

J'attends l'éclaircie pour quitter Brive. A la première côte, je comprends que je n'irai pas loin. Les jambes ne sont pas au rendez vous. Mon appareil photo n'est lui aussi pas très en forme. conséquence des dernières pluies. Je ne dépasserai pas Aubazine. L'orage imminent et le manque d'entrain m'y cloueront. Allonger ses jambes, être au sec. J'apprécie.

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11juin 2012

Les Brivistes

Etape sympathique aujourd'hui puisqu'elle me conduira en territoire ami, chez Marie Eve et Julien. La soeur de Yuls venu récemment dans les Landes. Un accueil simple et sincère comme si j'avais été l'un des leurs. Alors que nous faisons tout juste connaissance. Et quand je vois ce qui tombe dehors, leur toit est une bénédiction. Merci à vous pour cette reposante soirée.

10juin 2012

Fête à la grenouille

Comme prévu, pluie, pluie, pluie...mais la température est douce. J'arrive à Jayac avec trois kilos de plus, ceux de l'humidité que mes vêtements contiennent. Principe des vases communicants, je les perdrai en séchant et les reprendrai après foie gras mi-cuit et ris de veau aux morilles.

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